Koin Kweer

par Shadow Morton

Cette traduction est extraite du numéro 36 de la Newsletter FTM, publié en 1997, bulletin d’information de l’association états-unienne FTM International créée en 1986 par Lou Sullivan.

Illustration par Félix, alias Syzygy Tattoo

Si tout se passe bien, j’espère que cela deviendra une rubrique régulière de cette newsletter.

Les problématiques des hommes trans gays et bi ont été tant de fois ignorées dans ces pages. Ce n’est pas toujours la faute des éditeurs. Souvent, c’est de la nôtre. James Green et Marcus Arana ont souvent essayé de solliciter des écrits par ceux d’entre nous qui s’identifient comme gay, bi, ou queer [ou venant d’autres régions des États-Unis, ou d’autres pays, aussi !]. Visiblement, on est très occupé ailleurs vu que la majorité d’entre nous n’a rien écrit. À ceux qui ont écrit sur nos problèmes par le passé, je dis merci. Le courage de ma communauté me fait toujours chaud au cœur.

Pour ceux d’entre vous qui ne s’identifient pas comme gay, bi ou queer, je vous encourage à jeter un œil sur ce que j’écris dans cette rubrique. Étonnamment, certaines de nos difficultés sont le reflet de difficultés auxquelles vous aussi, vous faites face.

J’ai décidé dès le départ que je n’allais pas plaire à tout le monde avec ce que j’allais publier ici. Ça fait partie de la beauté, et la frustration, du genre humain. Nos différences sont l’une des principales choses qui nous permettent d’évoluer. Nous devons juste apprendre à nous souvenir de nos similarités quand nous examinons et apprenons de nos différences. Ce qu’on partage à la base, c’est notre humanité.

Pendant six ans et demi, j’ai participé au groupe FtM de San Francisco. J’ai eu le privilège de rencontrer Lou 1Louis Graydon Sullivan (1951 – 1991) était un auteur et militant américain. Il est le premier homme transgenre publiquement gay. Il a fondé FTM International, l’une des premières associations pour les personnes FTM. Il a créé la Newsletter FTM. juste avant sa mort. Je me souviens encore du jour où je suis entré et il m’a accueilli d’une poignée de main et d’un sourire. Je me souviens aussi de mon coeur battant la chamade quand il s’est présenté au groupe comme une personne FtM gay. Il y avait quelqu’un d’autre comme moi ! J’avais peur que, même au sein de la communauté FtM, je me retrouve seul. Enfin quelqu’un qui apaisait ma peur. Je m’estime chanceux qu’il ait été en vie lorsque je trouvais des réponses à mes questionnements sur cette partie-là de ma vie. Sa franchise désinvolte avec les autres FtM m’a offert un modèle. Je pouvais être franc sur qui j’étais moi aussi. Plus de placards !

Depuis la mort de Lou, plusieurs personnes ont fait leur coming-out gay ou bi dans le groupe et dans le pays. Il y a deux ans, lors de la première Conférence FtM des Amériques tenue ici à San Francisco, quelqu’un a fait un tableau pour que les gens accrochent des punaises pour indiquer où ils s’identifiaient sur une échelle (linéaire) de FtM gay à hétérosexuel. Le nombre de punaises indiquant bi et gay était hallucinant. Ceux d’entre nous qui avaient fait face au harcèlement verbal de nos propres « frères » se sont baladé pendant la conférence avec un sentiment de solidarité encouragé simplement par notre nombre. Les sourires que j’ai vu sur le visage des gens rayonnaient. Nous avions ouvert le champ des possibles simplement en étant visible les uns aux autres et au reste de notre communauté.

Cependant s’ouvrir à eux eu un contrecoup choquant. On a reproché à plusieurs FtM ouvertement gays de s’exhiber. Pourquoi devions-nous parler de nos vies sexuelles en public ? Nous mélangions les problématiques gays et lesbiennes avec les problématiques trans ! Nous étions malades et pervers. Dieu nous punirait pour notre déviance. Tout cela a été dit d’un FtM à un autre FtM ! Ceux qui furent effrayés par notre différence ne pouvaient pas se souvenir de nos similarités.

Je ne sais pas pour le reste du pays, mais à San Francisco, le contrecoup a duré deux mois de plus. Ceux d’entre nous qui vivaient là et qui travaillaient dur au sein de la communauté trans étaient prêts à en partir et à former notre propre groupe à part. Je me suis senti extrêmement triste pendant cette période, et fatigué. C’était comme si Big Brother était en train de gagner. Notre communauté était divisée donc c’était plus simple de l’empêcher de s’exprimer.

Puis quelque chose de magique s’est produit. Quelques gars du groupe qui ne s’identifiaient pas comme gay, bi ou queer, ont parlé du problème pendant l’une de nos rencontres. Il y avait environ soixante personnes présentes, et certains faisaient partie de ceux qui ne voulaient pas que les hommes gays parlent de leurs problèmes. Ces hommes ont parlé au nom des hommes du groupe qui ne s’identifiaient pas nécessairement comme hétérosexuels. Ils ont rappelé aux gens que Lou, qui avait créé ce groupe, s’identifiait comme gay. Ils ont exprimé leurs inquiétudes par rapport au fait que le groupe fermait lui-même la porte à certains pans de notre communauté, que ce soit les gays, les bis, les queers, les personnes de couleur, les travesties, personnes non-binaires2 Le mot original étant « transgenderist ». Dans les années 90, il était défini comme étant une personne qui « dépassaient les limites du genre » et « choisissait de vivre en tant que troisième sexe ». En ce sens, il peut être considéré comme précurseur des termes « genderqueer » et « non-binaire ». (nonbinary.wiki), ou autres. Ces hommes ont ont pris la défense de nos différences !

Prendre un risque et défendre les différences n’est pas quelque chose de simple à faire. L’une des difficultés partagées par une majorité des FtMs, c’est de trouver ce sentiment de similarité avec le reste du monde. Mais, je ne peux que croire que nous serons plus fort en se connaissant et en se comprenant les uns les autres. Plus nous en savons sur nous-mêmes, mieux nous comprendrons le reste de la société. Ça demande du temps et de la motivation. Ça demande d’apprendre à connaître quelqu’un que vous ne comprenez peut-être pas du tout. Ça demande de communiquer. Cependant, tout ça peut commencer par une simple poignée de main.

Commencez par votre similarité la plus évidente – notre humanité. De là, parlez du fait d’être transgenre. Je vous invite à explorer les possibilités.

Tarlouzes à la traduction: Loeiz, vana, noway et Balthazar.